Suivez la mission en Antarctique

Au cours de l’hiver 2015/2016, vous avez pu suivre une aventure en Antarctique sur le blog de Jacopo. Jacopo est l’un des chercheurs d’APRES3, parti sur la base française Dumont D’Urville (DDU), en Terre Adélie en Antarctique, de novembre 2015 à février 2016, pour installer les instruments ( voir  « les instruments scientifiques d’APRES3 » ).

L’an passé, c’est le blog de Claudio (blog de Claudio, en anglais) traduit par la Terminal S (spécialité SVT) du lycée Jean Moulin de Draguignan que vous avez pu suivre (toujours visible en bas de cette page).

Nouvelle année, et nouvelle campagne de terrain! Cette année, nous suivrons Jean-Louis Dufresne (Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD)Intitut Pierre et Simon Laplace (IPSL) ) dans le cadre d’une nouvelle mission APRES3.

Laissez vous porter à travers le grand blanc …

Carnet de bord de Jean-Louis Dufresne -campagne 2016/2017 :


8 décembre 2017 – Arrivée dans le monde blanc et bleu…

Nous y sommes !

Après un assez long périple me voilà arrivé à la station Concordia située en Antarctique, à Dome C, où je vais passer les 3 premières semaines de travail. Tout s’est très bien passé, depuis ce samedi 2 décembre où je suis parti de Roissy. Trente heures d’avion et une première escale d’une journée et demi à Hobart, en Tasmanie pour récupérer un peu. Ensuite direction l’Antarctique, d’abord avec un Airbus A319 spécialement aménagé. Les nuages ne m ‘ont pas permis de voir la mer et les icebergs, mais le beau temps nous a permis d’atterrir sans problème sur la piste de glace de l’aérodrome de Wilkins.

wilkins
Changement d’avion à l’aérodrome australien de Wilkins

J’y ai découvert mon nouvel habillement : le plus impressionnant, c’est les bottes ! Probablement 3 kg chacune, double semelle, double botte. La salopette et l’anorak ne sont pas mal non plus. Lors de notre attente du dernier avion pendant 2 heures par -10°C, sans vent, on avait chaud et les veste entre-ouvertes. Dernier décollage à bord d’un DC3, et le survol du plateau Antarctique s’est fait par temps clair : le plateau est très grand, très plat et très blanc !

A l’arrivé à la station Concordia, un peu groggy, on est saisit par le froid, surtout au visage (température -33°C). Heureusement les autres occupants de la base se chargent de débarquer les bagages, on n’a qu’à monter les quelques marches pour aller se reposer au chaud. Il ne nous reste plus qu’à récupérer du décalage horaire, de l’altitude et prendre le rythme de la station.

escalier
Arrivée à la station Dome C / Concordia

Le premier jour a commencé en douceur à cause de la fatigue liée à l’altitude. On fait un petit tour pour avoir un aperçu général de la station et des instruments météorologiques sur lesquels on va travailler plus spécifiquement. Mesures de température, d’humidité et de vent, de 50 cm au-dessus de la surface à 40 m de haut. Dehors il fait froid (-32°C) mais surtout il y a un peu de vent (20 km/h) qui pique le peu de peau de notre visage qui n’est pas protégé. On ne traine pas pour cette première sortie. Dans l’ensemble les instruments sont en bon état, notre séjour s’annonce bien pour l’instant.

Et je découvre un monde à deux couleurs : bleu et blanc, les autres couleurs proviennent de constructions ou d’objets apportés par l’homme.

P1040761.Reduce
Découverte du monde blanc et bleu…

 

Dimanche 10 décembre

Petit déjeuner vers 8h, une heure plus tard que d’habitude car c’est dimanche ! Ce matin je suis de vaisselle et de nettoyage. Chacun est de service une fois tous les 10 à 15 jours, pour la vaisselle et, pour ceux du matin, le nettoyage de la salle à manger. Comme mon binôme était italien, ça m’a fait plaisir de pouvoir parler et pratiquer cette langue. Ce matin, ce n’est pas l’effervescence habituelle, tout le monde traine et profite de la matinée. Et puis ici, on peut se faire du thé ou du café un peu partout (l’air est si sec, il faut absolument boire!). Il y a également des petits gâteaux à volonté (avec le froid, on brule beaucoup de calories), donc pour beaucoup le petit déjeuner se fera ailleurs que dans la salle à manger. Matinée tranquille.

Pendant ce temps, Christophe est allé vérifier que le mauvais fonctionnement des instruments ne vient pas de l’alimentation électrique. On décide de ramener les instruments dans la station, au chaud, pour les démonter. Comme c’est en haut de la tour, on réfléchit à la meilleure façon de faire. On ira en début d’après midi, quand il fera meilleur.

Apéro pour certains, puis repas copieux, comme d’habitude, et on a droit à du rosé.

Petit café, puis on va à la tour démonter les instruments. On enfile les baudriers, on fait un appel radio pour signaler notre ascension dans la tour, puis on monte, engoncés et harnachés. On arrive en haut, la vue est toujours aussi fascinante. Je ne sais pas pourquoi, je pense au film de Felini « e la nave va ». L’instrument est en devers de la tour, et avec nos lunettes et nos gants on arrive à tout démonter sans rien faire tomber en bas. Pas peu fiers! On descend, un peu fatigués. On fait notre petit kilomètre de marche pour aller à la base. J’aime bien cette petite marche tranquille, au milieu de nul part, entre ciel et neige.

De retour, on croise un groupe qui sort en courant jouer au badminton dehors. Aujourd’hui c’est repos ! Jouer au badminton avec des grosses bottes et tout l’harnachement du grand froid est probablement déjà un défi en soi. Nous, on va prendre un thé et se reposer un peu. On retourne voir notre instrument, on comprend l’origine de la panne et on arrive à le réparer. Super ! Demain on le remettra en place.

Je me rase. Pas de douche aujourd’hui, vu le nombre de personnes et le manque de fuel, la recommandation est de 2 courtes douches par semaine. L’eau pour se laver est ici en circuit fermée. L’eau sale (hors WC) est retraitée puis remise en service. Du coup, elle a une odeur très particulière, peu ragoutante, on n’a pas très envie d’en boire. L’eau buvable, issue de la neige fondue, a un circuit à part.

Apéritif, diner, jeux divers. J’envoie quelques messages, lit un peu, vais me coucher et m’endors…

Lundi 11 décembre

Ce matin c’est la sonnerie du réveil qui m’a réveillé pour la première fois. J’ai bien dormis, presque d’une traite. Petit déjeuner copieux. 8h, briefing technique du matin, avec les nouvelles générales et la liste des principaux travaux de la journée.

Photos_3 - copie 7
briefing

Les nouvelles générales concernent essentiellement les allées et venues des bateaux, du raid et des avions. Le bateau a des problèmes et partira de Hobart avec quelques jours de retard. Son arrivée est très attendue car il amène une grosse cargaison de fuel, et ici c’est le nerf de la guerre. Le raid, c’est le cordon ombilical de la station. Une espèce de train composé d’une suite de traineaux avec des énormes tracteurs sur chenilles tirant tout ce qui permet de ravitailler la station, avant tout du pétrole et de la nourriture. Un convoi de quelques centaines de tonnes. C’est le premier de l’été (c’est à dire depuis plus de 9 mois), et il est très attendu car les cuves commencent à être à vides. Le raid est parti avec 2 jours de retard mais il avance bien : 40 et 50 km les premiers jours. Ce sont les plus difficiles car les véhicules sont les plus chargés et ça monte… mais au total il faudra faire 1200 km, en 12-15 jours en général. En chemin, il doit préparer une piste d’atterrissage et déposer du fuel pour permettre aux avions qui vont vers Concordia de faire escale. Une fois cette piste d’atterrissage opérationnelle, tout un ensemble de vols avion est prévu. On est en retard cette saison. En particulier les derniers hivernants devraient déjà être partis et sont encore là. Leur départ est repoussé depuis quelques semaines, et ils commencent à trouver le temps long ! Ici on est au bout du monde et les discussions tournent facilement autour des questions de transports, ravitaillement, avions, bateau, raid.

Christophe, qui se lève tôt, a fait un abri ventilé qui fonctionne à partir de deux abris qui ne fonctionnaient pas. On ira à la tour cette après midi, quand il fera meilleur, remettre en place l’appareil de mesure réparé hier. Ce matin, on va s’occuper des instruments du bas de la tour dont les deux ventilateurs ne marchent pas. Mais je me suis aperçu que j’ai une gelure au bout du nez. J’ai dû me faire ça hier sans m’en rendre compte. Il vaut mieux ne pas retourner tout de suite dans le froid et je reste ici, au chaud, dans notre pièce de travail ce matin. Christophe ira avec Nathalie. Je reste travailler dans notre bureau. De temps en temps une « sirène technique » sonne. C’est une alarme destiner au personnel technique pour signaler un problème. Ici on vit dans un monde très technique : centrale électrique, traitement des eaux, chauffage, informatique, etc… la station est coupée du monde. Quand on passe dans le couloir qui relie les deux bâtiments principaux on sent une odeur d’huile chaude.

Ils sont revenus avec l’appareil défectueux que l’on réussit à réparer.

Et c’est l’heure du repas ! Les discussions vont bon train, français, italien, anglais. Mon objectif est de trouver un masque pour me couvrir le nez et pouvoir sortir dehors. Ca y est, j’en ai trouvé un. Un peu de vaseline sur le nez pour mieux le protéger du froid et je sors. Le masque protège bien, je n’ai pas de peau dehors… mais j’ai plein de buée dans mes lunettes. Quand ça arrive, on a l’habitude d’essuyer la buée, mais ici la buée c’est de la glace, nettement plus difficile à enlever ! Je vais galérer un peu tout l’après midi, en jonglant avec mes deux paires de lunettes. Ce n’est finalement que sur le retour que je commencerais à savoir comment m’y prendre. Mais mon nez est resté bien protégé !

Christophe a changé l’instrument en bas de la tour : ça marche ! On monte sur la tour. Je ne vois pas bien avec la buée, du coup je suis plus tendu, je trouve ça fatiguant. En haut on réinstalle l’appareil qui remarche à merveille. Deuxième succès ! Je fais tomber un de mes gros gants dans la bataille, mais j’ai du rechange. La buée me gène toujours et on descend tranquillement. On va dans un caisson enterré sous la neige dans laquelle il y a l’électronique d’acquisition : tous les instruments on l’air de bien marcher, on peut rentrer content.

Retour, repos, thé, chocolat, gâteaux. Par la fenêtre, toujours cette lumière très forte, ce blanc et ce bleu à l’infini, même si cet après midi il y a quelques nuages. On bricole et travaille un peu, on lance une lessive… et on va manger ! Ce soir repas Sarde. C’est l’anniversaire d’un futur hivernant, sarde comme le cuisinier ! Pâtes, cochon grillé, patates sautées, vin rouge. C’est très bon, très copieux et … disons assez riche.

Poker, tarot, baby-foot, billard italien, clip-vidéo, moments de détente avant que chacun n’aille se coucher. La station est bien pleine : 70 personnes environ. Le jour baisse légèrement, la température aussi (-34°C pour l’instant), je prends un livre avant d’aller me coucher.

Concordia, comme si vous y étiez !

Photos_6

Samedi 23 décembre – Départ des hivernants

Ce matin, moment d’émotions fortes pour le départ des dernier hivernants. Depuis que je suis arrivé il y a maintenant plus de 15 jours, on parle de ce départ, retardé sans cesse pour raison météo ou d’avion non disponible. Ce matin, les haut-parleurs ont lancé «  l’aeroplano si posta in 20 minuti. Airplane is forseen to land in 20 minutes. L’avion atterrira dans 20 minutes ». Prière de libérer la piste. Et l’avion atterri comme prévu vers 8h30, par beau temps, température du matin (-32°) mais sans vent. Quasiment toutes les personnes de la station sortent et accompagnent les hivernants ainsi que quelques estivants en route pour la station de Dumont d’Urville. Au revoir, embrassades, dernières blagues. Les bagages sont chargés et les passagers suivent, re-dernière embrassades. Ce départ représente quelques chose. Un peu plus d’un an de vie isolée, seulement troublée depuis quelques semaines par l’arrivée des futurs hivernants et des estivants. On compare souvent Dome-C à une station spatiale, ou une station sur la Lune ou Mars, et ce n’est probablement pas usurpé. L’ESA est d’ailleurs très présente à Concordia. Ceux qui partent n’ont pas vu depuis plus d’un an un brin d’herbe, une fleur, un arbre pas entendu un chant d’oiseau, une rivière qui coule, pas senti l’odeur de la pluie ou le parfum des fleurs. Et je ne parle pas de ville ou de foule. Certains reviendront en Antarctique, plutôt en été, mais parfois re-hiverneront. Pour l’instant ils ont une destination à laquelle ils ont réfléchi depuis des longues semaines, souvent c’est un voyage quelques part dans un pays plus ou moins exotique. Les futurs hivernants sont aussi très émus. Ils anticipent pour eux-mêmes la même situation, la même scène, la même émotion l’an prochain. Et d’ici là, dans un mois et demie, le même avion emportera les derniers estivants et alors ils resteront tous seuls, les 13 ou 14 hivernants, sans aucun contact direct avec l’extérieur pendant 9 mois, ne pouvant compter que sur eux-mêmes, sans possibilité de nouveau ravitaillement.

Photos_depart_hivernants-2

Dimanche 24 décembre

Normalement le dimanche est un jour de quasi-repos, mais ce ne fut pas le cas aujourd’hui. Outre un départ matinal d’un avion et un retour en fin d’après midi, il y a surtout eu l’arrivée du raid. Le raid est le cordon ombilical de la station. Une espèce de train sur luge, avec plein de wagons bizarres, tirés par d’énormes engins sur chenilles. Il y a deux ou trois raids par ans (2 cette année), et c’est par eux que provient la quai totalité de l’approvisionnement de la station. Pas de raid, pas de vie possible à la station.

En fin de matinée nous étions montés sur la tour pour vérifier des branchements électriques. La vue était magnifique, il y avait quelques nuages dans le ciel. J’aime bien voir les nuages, mais c’est la première fois que je me suis réjoui de voir des nuages pour briser la monotonie du ciel bleu, ou plutôt du ciel bleu couvrant la surface blanche. Tout au loin au Nord (donc vers le soleil!) on voit quelques tâches sombres à l’horizon, dont on a eu ensuite confirmation par la radio qu’il s’agissait bien le raid : « travesta in vista ! ». La vue est ici très dégagée, et le raid pas très rapide (10-12 km/h), ce qui fait qu’il n’est arrivé que plusieurs heures après.

J’avais beaucoup entendu parler du raid, très bien présenté dans la BD « La lune est blanche ». On m’avait dit que c’était énorme et je n’ai pas été déçu. Précédé par une dameuse-chasse neige qui aplanit la surface, des espèces d’énormes tracteurs à chenille tirent des wagons qui sont souvent des cuves de fioul mais aussi des containers avec plein de choses dedans, dont la nourriture de l’année (ou plutôt la moitié, l’autre moitié arrivant dans le 2e raid). Les chauffeurs conduisent 10-12h par jour, le soir font le plein, révisent leur machines, et repartent le lendemain à « l’aube » (très tôt vue que l’aube n’existe pas ici en été). Un petit écart du chemin préparé par les dameuses, et c’est l’enfouissement des « wagons » dans la neige et quelques heures de travail pour les sortir de là.

Ils sont arrivés dans l’après midi, puis ont commencé à décharger avant de partager avec nous un plantureux réveillon de Noël.

Photos_arrivee_Raid

Concordia, l’univers de la neige

A la station Concordia la neige remplace la terre, les plantes, les lacs et rivières, seul le ciel lui résiste. Il neige assez peu, environ 8 cm par an, ce qui correspond à une quantité d’eau 30 fois plus faible que la pluie moyenne en France, et à une quantité plus faible que dans de nombreux déserts. Un désert de neige donc. D’ailleurs la neige est très sèche : difficile de faire des boules de neiges qui tiennent ! La neige s’accumule lentement, se transforme en glace en enfermant des bulles d’air. L’analyse de cette glace accumulée permet d’estimer certains paramètres climatiques depuis 800 000 ans. De nombreux travaux de recherche sont consacrés à une meilleur compréhension des échanges entre l’atmosphère et la neige, de la transformation de la neige en glace, notamment pour interpréter plus finement ces carottes de glace

Beaucoup d’analyses sont faites sur site, dans des abris en surface ou enterrés sous la neige. Beaucoup d’abris sont fait à base de containers aménagés, mais des abris en bois ont fait leur apparition ces dernières années.

Photos_etude_neige7

Instrument destiné à mesurer la quantité de neige qui tombe. Cette grandeur est très difficile à mesurer car il neige très très peu, et que les conditions climatiques sont extrêmes.

Ici, un cube de neige est découpé, emballé et mis en caisse avant d’être stocké pour analyse ultérieure. Une partie sera transportée direction Davos, en Suisse, où elle sera analysée plus en détail.

Fin de l’installation et révision des instruments

En Antarctique, les sondes de température reçoivent le rayonnement solaire de tous les côtés à cause de la neige. Ce rayonnement les chauffe et peut fausser la mesure de température de 10°C en l’absence de vent. Pour éviter ce problème, les sondes sont placées dans des abris fortement ventilés… qui parfois se remplissent de givre ou de neige. Des développements instrumentaux ont également été réalisés pour mesurer l’humidité, et pour le vent un anémomètre suffisamment résistant a été trouvé après plusieurs essais. Ces instruments sont installés près du sol, mais aussi sur la tour pour mieux connaître les échanges surfaces-atmosphère.

Difficile de mesurer la quantité de neige qui tombe sur le plateau Antarctique du fait des conditions climatiques extrêmes. Les essais réalisés avec ce nouvel appareil (ci-dessous) ne se sont pas révélés positifs…

Photos_FinsInstal-c0.7

Dernières vérifications des branchements et derniers rangements avant de passer la main aux hivernants qui surveilleront ensuite le bon fonctionnement des appareils pendant tout l’hiver.

Départ imminent de Concordia

Avant de quitter la station Concordia pour rejoindre Dumont D’Urville (vol prévu le 4 janvier), voici quelques photos de la base.

Photos_BaseConcordia.1
La station Concordia, avec ses deux tours, et ses occupants le 21 décembre. L’une des tours est dites calme (chambre, bureau, etc.) l’autre bruyante (restaurant, salle vidéo, salle de sport, etc.)

Vol retardé… Profitons en pour parler du beau et du mauvais temps !

Nous sommes le 8 janvier. L’avion prévu le 4 n’est toujours pas arrivé ! Cela fait parti des aléas temporels plus que courants en Antarctique. C’est la météo qui décide…. Voici d’ailleurs quelques images pour illustrer la météo des lieux.

 

Photos_PasTjsrBeau
Le ciel bleu et quelques nuages fins en altitude, un temps classique à Concordia

 

 

Photos_PasTjsrBeau.2
Parfois le ciel se couvre complètement, comme ces derniers jours, mais les nuages restent optiquement peu épais.
Photos_PasTjsrBeau.4
Plus rare, un brouillard persistant ces derniers jours. Pas étonnant que les vols prévus soient reportés…

Vol vers Dumont D’Urville

Après une semaine d’attente, deux faux départs, nous nous sommes enfin envolés pour Dumont d’Urville. Le vol s’est très bien passé. Plus de la moitié du parcours, le ciel était bien dégagé, on a survolé le plateau Antarctique, et on voyait bien les traces du Raid. Venant de Domce C, l’arrivée à Dumont d’Urville est très impressionnante, surtout qu’il faisait beau: du relief, de la mer, des crevasses, des manchots, du bruit, des odeurs. Je devrais y rester une semaine, le départ sur l’Astrolabe étant prévu pour l’instant le 20 janvier.

Nous survolons quelques (énormes) crevasses, et bientôt, mer en vue ! Le trajet entre la piste d’aterrissage de l’avion et la base se fait par hélico.

Premiers jours à Dumont D’Urville (=DDU)

Mes deux premiers jours à Dumont d’Urville m’ont permis d’apprécier la météo locale et ses tempêtes légendaires. Le (un des) surnom de Dumont d’Urville est « la maison du blizzard ». Beaucoup d’animation sur la station car l’Astrolabe est arrivé juste après nous. D’abord coincé par la glace à une quinzaine de kilomètres, la tempête a dû fragiliser la glace de mer et aujourd’hui il n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres du quai de débarquement officiel, qu’il n’a pas accosté depuis longtemps!

Un aperçu de la base :

Samedi après midi, très belle journée, nous sommes allés voir une station météo qui mesure aussi la neige soufflée par le vent. La neige l’a en partie ensevellie, il faudra revenir la déneigée. Pour y aller, nous avons pris un engin à chenille amusant à regarder mais bruyant et peu confortable Le soir, beau ciel, mas qui annonce l’arrivée d’une dépression.

Dimanche, forte tempête à Dumont d’Urville. Le vent souffle à 100 km/h, avec des rafales jusqu’à 164 km/h. On a du mal à marcher sans perdre l’équilibre et il vaut mieux s’accrocher aux rambardes. La neige fouette le visage mais il ne fait pas froid (-2°C). Les manchots Adélie restent immobiles à couver leurs petits pour les protéger du froid.

L’hélicoptère est bien accroché, comme tout le reste….

Un peu de logistique à l’arrivée de l’Astrolabe !

Debarq_Astrolabimage

Debarq_Astrolabim2

La partie immergée de la station météo…

Après quelques années d’installation, les stations météo ont besoin d’une bonne remise à niveau ! Sinon, elles sont condamnées à disparaitre peu à peu sous la neige, surtout près des côtes ou les précipitations sont importantes. Jean-Louis nous raconte en image le déroulé de l’opération. Apparemment, ça donne chaud!

DeneigeMeteo

L’Astrolabe gagne du terrain, pour mieux repartir…

DepartAstrolabe

 DepartAstrolabe2

Pour partir de Dumont d’Urville, il faut traverser le pack de glace qui s’étale sur quelques dizaines de kilomètres. Mais en ce moment il est peu dense et sa traversée se fait facilement durant la soirée… 

Le jour du départ est aussi le 178e anniversaire de l’arrivée de Dumont d’Urville : ça se fête !

DepartAstrolabe3

Message en direct de l’Astrolabe :

Un message de Jean-Louis qui nous envoie des nouvelles après un embarquement un peu précipité !

Bonjour,

Ca y est, je suis dans l’Astrolabe. Ca c’est passé un peu plus vite que
prévu et je n’ais pas eu le temps d’envoyer une dernier message depuis
mon précédent compte. En rentrant hier soir d’une manip sur le glacier (où
on avait une vue magnifique), on nous amené directement sur le bateau par
hélico alors qu’initialement on devait diner à la base. On n’est plus à
quai, on est dans la baie tranquillement appuyés sur la banquise, et on
devrait partir ce soir ou demain. La météo est moyenne, pas de gros coup
de vent de prévu, mais quand même « un peu », ce qui pour la région devrait
largement suffire à nos estomacs! Dans 6-7 jours on devrait être à Hobart.

Les moyens de communication sur le bateau sont limités, on a un seul
compte pour tous les passagers, si vous m’envoyez un message mettez mon
nom dans le titre. J’essaierai d’envoyer des nouvelles de Hobart, mais
sans garantie.

Bonne journée,
  Jean-Louis

Suivant les personnes, la traversée entre DDU et Hobart est parfois éprouvante, mais elle est toujours mémorable…. Bon courage à Jean-Louis!

Retour au pays, fin de cette aventure australe…

Une semaine après mon départ de Dumont d’Urville, je suis arrivé chez moi. Nous sommes partis de Dumont d’Urville et avons traversé le pack vendredi 19 après midi. Durant la traversée, nous n’avons pas eu très mauvais temps, juste un mauvais temps assez habituel dans cette région. Arrivé à terre, on a l’impression que le sol bouge. Une journée à Hobart pour récupérer un peu, puis 30 heures de vol environ pour rejoindre la France. Et une fois atterri, toujours cette impression de sol qui bouge.

Voila, c’est la fin d’une belle expérience, d’une belle petite aventure de presque 2 mois.

Merci Jean Louis d’avoir partagé cette belle aventure !

 


Vous êtes curieux de savoir comment s’est passée la campagne précédente?… Lisez la suite!

Le blog de Claudio – campagne 2016/2017 :

Claudio est chilien, et a rejoint l’équipe cette année, dans le cadre de sa thèse. C’est la première fois qu’il part en Antarctique! Comme il ne parle pas encore très bien français, le blog sera en anglais (blog de Claudio, en anglais), mais une version française est disponible sur cette page, grâce à la Terminal S (spécialité SVT) du lycée Jean Moulin de Draguignan,  qui traduit les aventures de Claudio et les transmet à l’équipe d’ondes et flocons pour la publication. Merci à eux pour leur travail, et bon voyage à tous! 

cropped-antartic-peninsula-landscape


18 septembre 2016 – Journal de bord du volet 2 d’APRES 3  

Texte : Claudio Alarcon – Traduction : Misael et Chloé (TS2 Jean Moulin, Draguignan)

Le but de ce site web est de partager les contenus lié aux principales activités de recherche menées dans le cadre du projet de thèse intitulé « Radar remote sensing of alpine and antarctic solid precipitation » dans le cadre du projet « Antarctic Precipitation Remote Sensing from Surface and Space” (APRES3).

Dans ce blog vous trouverez une série d’articles qui seront mis à jour fréquemment avec des détails sur le projet, des instruments et des images du terrain. Il y a une galerie spéciale dédiée à Clément Aplati, une personne qui voyage dans le monde pour différentes aventures et cette fois-ci il nous accompagnera dans notre prochaine mission en Antarctique.

dumont_d_urville_base-03-lg
Figure 1. Station Dumont D’Urville, Antarctique

La première étape importante de ce projet de thèse est la mission en Antarctique de l’été 2016-2017 dans la station scientifique française Dumont D’Urville (DDU, figure 1) correspondant à la seconde mission en Antarctique du projet APRES3. DDU est situé sur la côte, en Terre-Adélie (coordonnées 66°39’S, 140°00’E) dans le cercle polaire antarctique, juste au sud de la Tasmanie (Australie). L’objectif de cette mission est de déployer un système de plusieurs instruments  pour la surveillance de la chute de neige dans la région Antarctique, incluant un Micro-Rain Radar (MRR), une télédétection par laser ainsi qu’un nivomètre (Pluvio2) dont les détails sont fournis dans la section « Instruments » parmi d’autres capteurs.

La prochaine mission en Antarctique sera menée par Christophe Genthon, qui est actuellement dans la base française Concordia (Dôme C) et Claudio Duran-Alarcón (étudiant en doctorat), qui voyageront à la station Dumont D’Urville lors du second roulement (R2) de l’Astrolabe, le 7 Janvier 2017.

Nous vous invitons à participer à cette mission en vous inscrivant sur notre site et en laissant vos commentaires et vos questions dans les boîtes de dialogues, et nous vous répondrons aussi tôt que possible. N’oubliez pas de partager ce blog avec vos contacts.

5 février 2017 – En route vers la station de Dumont d’Urville

Texte : Claudio Alarcon – Traduction : Iléana (dit le tsunami) et Camille (dit le naturaliste), relu pas Ophélie (leur secrétaire!) (TS2 Jean Moulin, Draguignan)

La mission d’été 2016-2017 a commencé. Ce fut un long trajet jusqu’à la station française Dumont D’Urville (DDU) de Terre Adélie. Comme je vous l’ai dit auparavant, Christophe et Dana ont commencé la mission durant la première semaine de Décembre 2016, mais j’ai dû remettre à plus tard mon arrivée à cause d’un grave accident (peut-être que vous avez déjà remarqué quelque chose sur la photo du blog avec Clément). Heureusement, je vais désormais mieux et je peux parler de cette aventure scientifique passionnante.

Le voyage a commencé le 4 janvier dans un train reliant Grenoble, une belle ville au cœur des Alpes Françaises, avec l’Aéroport Charles de Gaulle (CDG) à Paris. Le CDG était le point de rencontre pour les personnes allant en Antarctique, sponsorisés dans nos différents projets et missions par l’Institut Polaire Française (IPEV). Nous devions arriver au port Hobart en Tasmanie, Australie pour embarquer à travers l’Océan Antarctique en direction de la station DDU. Nous avons pris l’avion de Paris à Hobart pendant environ 24h avec deux escales (Dubaï au Emirats et Sydney en Australie).

astro
L’astrolabe, au port d’Hobart

Le 6 Janvier, nous sommes arrivés au légendaire brise-glace Astrolabe qui transporte des personnes et des provisions ou équipements à la station DDU depuis 1988. Chaque année, l’Astrolabe réalise 5 rotations entre Hobart et DDU de la fin d’Octobre au début de Mars, ce qui correspond à la campagne d’été en Antarctique (dans l’Hémisphère Sud). Cet été il effectuera son dernier trajet Hobart-DDU dans le cadre de la mission Française, et l’année prochaine il sera remplacé par un nouvel Astrolabe. Normalement l’Astrolabe met une semaine à arriver en Antarctique, mais parfois il peut mettre le double selon l’état de la banquise. Il est courant qu’au début de la saison les températures soient trop basses pour faire fondre la glace et que cela ne permette pas un déplacement facile du bateau. L’astrolabe a une capacité maximale de 50 passagers et de 12 membres d’équipage, qui font tout fonctionner parfaitement à bord du bateau.

Le rapport météorologique a annoncé une forte tempête en direction du Sud de la côte de Tasmanie, c’est pourquoi le capitaine a décidé de partir dès que possible, pour éviter d’attendre longtemps avant d’avoir à nouveau de bonnes conditions. A la première heure le lendemain, nous avons embarqué à destination des eaux profondes pour atteindre notre but final.

Le bateau était rempli à moitié et parmi les passagers il y avait des scientifiques du Musée National de l’Histoire Naturelle de France (Anouchka, Annabelle, Guillaume, Jerôme, Marc et Mélyne) ; un physicien (Erwan), qui étudie les composés affectant la couche d’ozone en utilisant un LIDAR à longue portée, et qui va rester toute l’année à DDU ; un glaciologue de LGGE (Fabien) ; un chef cuisinier (Lionel), qui nous a surpris plus tard à DDU avec ses plats ; deux médecins (Mathieu et Paul) ; deux journalistes (Bertrand et Michel) ; et l’équipage du nouvel astrolabe qui commencera l’année prochaine.

Le voyage débuta avec une bonne météo, une température agréable et une mer calme, néanmoins à la fin du dernier jour, la virulence des vagues perturba notre équilibre sur le bateau. Le jour suivant nous nous trouvions très loin de n’importe quelle portion de terre, assez loin pour ne voir que de l’eau dans toutes les directions. Certains passagers commencèrent à souffrir du mal-de-mer, qui donne de fortes nausées et un mal de tête permanent. Avec du repos, une bonne hydratation et quelques médicaments, les symptômes diminuent jusqu’à disparaître rapidement.

Au quatrième jour, les nuits se raccourcirent de manière notable, signifiant que nous nous approchions du Cercle Polaire Arctique. Le cinquième jour nous vîmes les premières traces de banquise, juste de petits fragments de glace dérivant dans le sens du courant, ainsi que des oiseaux polaires (Damier du Cap et Pétrel Géant d’Antarctique).

astronice
L’astrolabe entre dans la glace de mer

Le lendemain les fragments de glace étaient beaucoup plus grands, jusqu’à plusieurs mètres, et accompagnés d’icebergs. La mer était très calme, mais notre déplacement de plus en plus lent. Les premiers manchots Adélie se montrèrent dans toute leur élégance, et nous fûmes même capables de voir des baleines et des phoques. La ligne droite n’étant plus la meilleure option de navigation, le capitaine dut choisir entre éviter ou briser la banquise.

Les images satellites de MODIS permirent de planifier la meilleure route, mais la situation n’était pas encourageante car la banquise était trop étendue et que l’Astrolabe ne pourrait pas arriver près de DDU. A la fin du sixième jour le brise-glace s’arrêta à 80km de la station. Normalement en Janvier le bateau peut arriver plus près de la côte, et notre éloignement signifiait des dépenses supplémentaires de ressources et de temps, car il allait falloir acheminer le personnel, équipement et provisions par hélicoptère. Le vendredi 13, nous fîmes la dernière partie du voyage vers notre dernière destination. Il y eu quatre vols d’hélicoptère pour transporter les passagers vers DDU et Prud’Home (une station glaciologique sur la calotte glaciaire Antarctique) suivi d’une semaine entière de vols pour transporter les provisions.

ddu1
DDU, vue de l’hélicoptère

En arrivant à la station, je fus accueilli par Christophe et Dana à l’héliport. Avec Yohan et Etienne mise en place du second Micro Rain Radar et des capteurs météorologiques ; Avant de commencer à travailler, nous fîmes une petite visite de la station et je pris connaissance des règles de vie à DDU. La prochaine étape était la calibration et la mise en place du LIDAR atmosphérique (cf la description dans le blog) qui était arrivé avec moi sur l’Astrolabe. Ce travail était complexe, mais passionnant et je vous en dirai tous les détails dans mon prochain post. Soyez prêts pour la prochaine mise à jour et n’hésitez à me poser des questions dans le commentaire. Merci beaucoup pour votre temps et à bientôt.
CD.

Publicités